Quels métiers pour le développement durable ?

Travailler dans le développement durable fait rêver nombre d'entre nous. Chaque année, plus de 15 000 étudiants suivent un cursus spécialisé ou un mastère dans ce domaine. Mais la concurrence est rude sur ce marché : bien qu'en plein essor, il n'offre encore que 4 000 à 5 000 postes par an.

Très en vogue aujourd'hui, le concept de développement durable a été formalisé en 1987, lors des travaux de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement. Et se définit comme " un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ". Fondée sur cette définition, la loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE) impose aux sociétés françaises cotées sur un marché réglementé l'obligation de rendre compte dans leur rapport annuel de leur gestion sociale et environnementale au travers de leur activité. L'adoption du principe de développement durable est ainsi souvent motivée par la pression réglementaire et le souci d'une image positive auprès du public...

Toutes les fonctions de l'entreprise sont concernées par le développement durable, car il ne se résume pas à un concept écologique et à une responsabilité environnementale. Il recouvre aussi une dimension économique en terme d'efficacité et de rentabilité, et une dimension sociale. Les entreprises doivent être aussi attentives aux clients et investisseurs qu'aux fournisseurs, personnels ou ONG...

Le responsable développement durable a de nombreuses prérogatives. Cela nécessite "une formation continue régulière et de bon niveau", note Marie-Ange Laurier, consultante Apec, et une grande connaissance de l'entreprise. Venu des fonctions communication, qualité... le responsable développement durable succède au "responsable sécurité". Il est multicompétent, autonome et bien souvent, il n'a pas d'équipe. Les offres en développement durable stricto sensu s'adressent en général aux cadres confirmés et assez peu aux jeunes diplômés. En outre, "les postes en développement durable sont rarement des postes définitifs et pérennes. Leurs titulaires sont là pour faciliter l'intégration et la diffusion du concept. Ils évolueront ensuite vers une autre fonction et transfèreront dans la pratique la bonne parole", considère Christophe Gobin, animateur du GREDD.

Les jeunes diplômés peuvent en revanche être recrutés pour des fonctions supports autour du développement durable. Notamment lors de créations de postes par les entreprises industrielles. Comme gestionnaires d'informations et de données environnementales, ingénieurs mesures et analyses, animateurs-formateurs ou auditeurs... Le créneau le plus porteur est celui de l'environnement : en 2001, on estimait que 30 000 à 45 000 cadres travaillaient dans l'environnement (source Apec). Depuis 30 ans, de grands groupes en ont fait leur métier. Du côté des SSCE (Sociétés de services et de conseil en environnement) : cabinets de conseil, d'ingénierie ou de notation (plus de 600 créations de postes en 2004), les recrutements de cadres oscillent entre 1 500 et 2 000 par an... A noter : des débouchés existent aussi dans les services techniques des communes, dans les conseils régionaux et généraux ; autant de pistes de recrutement à explorer pour les jeunes diplômés.

L'expert
"Dans le développement durable, le moteur de l'emploi c'est la création de poste"
Dominique Baricheff, Chef de service risques industriels et environnement, Paragon Litwin

Quelle réalité de l'emploi dans le développement durable ?
Les formations qui se rattachent au développement durable datent du milieu des années 70. Les personnes formées et en poste sont encore jeunes, le "turn over" est très faible. On trouve aussi des cadres confirmés venant d'autres fonctions pour la deuxième partie de leur carrière. Il y a peu de renouvellement. Le moteur du marché de l'emploi c'est la création de postes. Avec 4 000 à 5 000 créations par an, le marché se développe bien mais ne peut satisfaire les 15 000 diplômés qui sortent des universités et des écoles chaque année.

Quelles sont les perspectives ?
Le développement durable est encore et d'abord perçu comme un coût. Les actions menées nécessitent des investissements qui ne deviendront rentables qu'à moyen ou long terme. Pourtant, la pression législative et sociale en faveur d'une prise en compte du développement durable ouvre un potentiel d'emplois qui devrait s'exprimer. Mais cela se fait lentement et le gros de ces créations est encore en gestation. A noter cependant : les entreprises sont de plus en plus nombreuses à mettre en avant leurs pratiques dans le domaine du développement durable dans leurs politiques de recrutement, quels que soient les postes recherchés.

Comment construire son profil ?
Il n'y a pas vraiment de profil type. Avoir un bac + 5 en économie ou sociologie couplé avec un 3è cycle développement durable ou environnement est apprécié. Il faut aussi posséder la fibre communication pour faire passer les messages tant aux personnels, qu'au voisinage et aux décisionnaires de l'entreprise. Les stages sont un bon tremplin pour l'emploi et permettent d'engranger une expérience dans des fonctions qualité, sécurité, gestion des risques...

Mis en ligne le 15 avril 2008

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