Premier job : que choisir ?
28 Juillet 2008
Lu par 1894 personne(s)
Une carte de visite dans un grand groupe ou des responsabilités diversifiées dans une PME : le choix est cornélien pour de nombreux jeunes diplômés. Quelques conseils.
Dans la bataille des talents, grandes entreprises et PME se livrent un match serré. A l'avantage des groupes, des trajectoires professionnelles bien tracées. « Mon premier job chez Danone consistait à participer à la construction d'une usine au Bangladesh, explique cet ingénieur de formation, âgé de 25 ans. Ils m'ont ensuite proposé un poste au marketing, à Paris, pour apprendre le métier. Je sais que je pourrai repartir à l'international un jour, avec cette double compétence. » Mais ces jolis packages ressemblent parfois à des pièges dorés. Dans une grande structure, souvent anonyme, la compétition est rude, entre débutants comme entre confirmés.
A l'inverse, les carrières dans les entreprises à taille plus humaine sont moins organisées, même si certaines commencent à relever le défi (voir encadré) . « Elles sont de plus en plus nombreuses à se soucier de la gestion des carrières de leurs salariés », témoigne Stéphane Amiot, directeur de Taleo France, qui propose des solutions informatiques aux DRH.
Alors, l'épanouissement professionnel se trouve-t-il dans une PME ou dans un grand groupe ? En réalité, « le choix doit se faire en fonction de ce qu'on attend en termes d'apprentissage et d'objectifs , explique Isabelle Bastide, directrice générale de Page Personnel, filiale du cabinet de recrutement Michael Page. Quelqu'un qui fourmille d'idées, qui veut monter sa boîte un jour ou toucher à tout s'épanouira plutôt dans une PME. Dans un grand groupe, c'est l'évolution de carrière, l'accompagnement ou les opportunités à l'international qui attirent. Dans les deux cas, l'accomplissement est très différent », résume-t-elle. A chacun de cerner ses envies
Olivier Desprez, chef de projet à part entière
L'épanouissement professionnel passe par une TPE. Tel est en tout cas le point de vue d'Olivier Desprez, 25 ans, salarié de Visuol, une entreprise de dix personnes basée à Metz. Après un DUT et un master pro, son premier stage dans un grand groupe, PSA, l'a un peu laissé sur sa faim. « Ma mission se limitait à réaliser des essais sur des équipements de mesure. C'était parfait pour découvrir le monde professionnel, mais cela restait très technique. » Après un second stage dans un laboratoire pharmaceutique de 500 personnes, il décroche un premier job chez Visuol. A l'origine, il est embauché pour adapter à l'industrie un nouvel instrument de contrôle de la qualité d'aspect des surfaces conçu par un universitaire. Petit à petit, il prend en charge la commercialisation de cette technologie, puis le suivi de l'ensemble du processus, de la commande à la livraison, en passant par la gestion des fourni- tures ou la coordination des équipes réparties entre Metz et Saint-Etienne. Jusqu'à devenir un chef de projet à part entière. « Dans un grand groupe, un jeune ingénieur est facilement cantonné à un sujet, c'est difficile de s'en écarter , juge-t-il. Actuellement, chez Visuol, je peux toucher au commerce, à la comptabilité, au management. J'apprends beaucoup. » Et les effets de son travail sont tangibles. « Ici, les enjeux sont clairs : si on ne vend pas, la société ne survit pas. Cela donne du sens à ce que je fais », ajoute-t-il. Olivier se donne maintenant quelques années pour améliorer ses compétences dans ces différents domaines qui lui ouvriront certainement de nouveaux horizons A. G.
Petit mais costaud
Voilà une PME qui compte bien concurrencer les grands groupes sur le front du recrutement. L'entreprise PCM compte 400 salariés qui fabriquent et vendent des pompes industrielles. Elle embauche chaque année une petite dizaine d'ingénieurs dans le même vivier d'écoles que les grandes entreprises. Dans un contexte de pénurie des talents, cette grosse PME doit savoir se rendre attractive auprès des candidats. « On ne vend ni un package ni un parcours tout tracé , explique Frédéric Garde, directeur administratif et financier chargé des relations humaines. Ici, on investit dans le savoir-faire de la personne, on mise sur la formation, l'autonomie et les opportunités qu'offre notre activité, notamment à l'international. » En dix ans de présence chez PCM, un ingénieur ayant débuté comme stagiaire a pu devenir directeur de la région Asie-Pacifique à seulement 35 ans. Autre exemple, une jeune recrue entrée comme commercial a pu prendre la direction d'une région, puis créer une entité en Russie pendant trois ans avant de revenir comme directeur de marché en France. Un parcours effectué en une dizaine d'années. « Nos salaires ne sont pas toujours en corrélation avec ceux des grands groupes , reconnaît Frédéric Garde. Mais nos employés peuvent avoir des responsabilités qu'ils n'obtiendraient pas ailleurs. » Avec une moyenne d'âge inférieure à 40 ans, l'objectif in fine de PCM est de fidéliser ses jeunes recrues. La plupart des opportunités de promotion sont ainsi pourvues en interne A. G.
Questions à Pierre-Yves Poulain, délégué général de l'Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH)
Le Point : Comment expliquer l'attrait particulier des jeunes diplômés pour les grands groupes ?
Pierre-Yves Poulain : Il y a bien sûr les perspectives de carrière et le salaire, souvent plus séduisants. Mais, au-delà de ces paramètres bien connus, les jeunes diplômés de la nouvelle génération savent qu'ils ne feront plus le même métier dans la même entreprise toute leur vie. Ils sont conscients qu'il va leur falloir rebondir tous les quatre ou cinq ans dans un nouveau métier, voire une nouvelle boîte. D'où la tendance de beaucoup d'entre eux à multiplier les expériences « tampons », celles qui sont valorisantes sur le CV à travers le nom de l'entreprise et sa notoriété.
Cette stratégie est-elle efficace ?
Dans une certaine mesure, oui. Ce sont parfois des marchepieds vers un CDI. Certains groupes ont une politique d'accompagnement afin de fidéliser leurs jeunes recrues. Mais cette tendance commence à changer. Les jeunes diplômés sont de plus en plus attentifs à ce qu'ils vont apprendre lors d'un premier job et à la qualité de leur environnement de travail.
Comment les PME peuvent-elles se rendre attractives ?
L'employeur attire un peu moins qu'avant par sa marque, ou son nom, que par son offre à l'intention des candidats. De plus en plus de PME savent développer des arguments qui séduisent les jeunes, en termes d'autonomie et de responsabilités. Elles ont d'ailleurs plus recours qu'avant aux agences de communication RH.
Quels autres facteurs faut-il prendre en compte pour choisir entre PME et grands groupes ?
La réalité du marché du travail, bien sûr ! Les grandes entreprises sont assez peu implantées dans certaines régions. Certaines activités comme la biochimie ou la communication ne s'exercent quasiment que dans des petites entités. Mais, surtout, les relations au travail ne sont pas les mêmes selon la taille de la structure. Il faut qu'un candidat sache dans quel environnement il se sent à l'aise.
Le travail dans un grand groupe est-il plus déshumanisé ?
En quelque sorte. Une PME offre plus de proximité : vous savez pour qui vous travaillez, vous avez une reconnaissance directe de votre supérieur. Dans une grande entreprise, la satisfaction repose davantage sur la capacité à atteindre des objectifs et les perspectives de carrière. Ce sont deux logiques différentes. Mais rien ne sert de se forcer. Il faut surtout apprendre à se connaître. Travailler dans un environnement motivant est le meilleur antistress possible Propos recueillis par Aurore Gorius
Aurore Gorius
Mis en ligne le 28 juillet
lepoint.fr
Dans la bataille des talents, grandes entreprises et PME se livrent un match serré. A l'avantage des groupes, des trajectoires professionnelles bien tracées. « Mon premier job chez Danone consistait à participer à la construction d'une usine au Bangladesh, explique cet ingénieur de formation, âgé de 25 ans. Ils m'ont ensuite proposé un poste au marketing, à Paris, pour apprendre le métier. Je sais que je pourrai repartir à l'international un jour, avec cette double compétence. » Mais ces jolis packages ressemblent parfois à des pièges dorés. Dans une grande structure, souvent anonyme, la compétition est rude, entre débutants comme entre confirmés.
A l'inverse, les carrières dans les entreprises à taille plus humaine sont moins organisées, même si certaines commencent à relever le défi (voir encadré) . « Elles sont de plus en plus nombreuses à se soucier de la gestion des carrières de leurs salariés », témoigne Stéphane Amiot, directeur de Taleo France, qui propose des solutions informatiques aux DRH.
Alors, l'épanouissement professionnel se trouve-t-il dans une PME ou dans un grand groupe ? En réalité, « le choix doit se faire en fonction de ce qu'on attend en termes d'apprentissage et d'objectifs , explique Isabelle Bastide, directrice générale de Page Personnel, filiale du cabinet de recrutement Michael Page. Quelqu'un qui fourmille d'idées, qui veut monter sa boîte un jour ou toucher à tout s'épanouira plutôt dans une PME. Dans un grand groupe, c'est l'évolution de carrière, l'accompagnement ou les opportunités à l'international qui attirent. Dans les deux cas, l'accomplissement est très différent », résume-t-elle. A chacun de cerner ses envies
Olivier Desprez, chef de projet à part entière
L'épanouissement professionnel passe par une TPE. Tel est en tout cas le point de vue d'Olivier Desprez, 25 ans, salarié de Visuol, une entreprise de dix personnes basée à Metz. Après un DUT et un master pro, son premier stage dans un grand groupe, PSA, l'a un peu laissé sur sa faim. « Ma mission se limitait à réaliser des essais sur des équipements de mesure. C'était parfait pour découvrir le monde professionnel, mais cela restait très technique. » Après un second stage dans un laboratoire pharmaceutique de 500 personnes, il décroche un premier job chez Visuol. A l'origine, il est embauché pour adapter à l'industrie un nouvel instrument de contrôle de la qualité d'aspect des surfaces conçu par un universitaire. Petit à petit, il prend en charge la commercialisation de cette technologie, puis le suivi de l'ensemble du processus, de la commande à la livraison, en passant par la gestion des fourni- tures ou la coordination des équipes réparties entre Metz et Saint-Etienne. Jusqu'à devenir un chef de projet à part entière. « Dans un grand groupe, un jeune ingénieur est facilement cantonné à un sujet, c'est difficile de s'en écarter , juge-t-il. Actuellement, chez Visuol, je peux toucher au commerce, à la comptabilité, au management. J'apprends beaucoup. » Et les effets de son travail sont tangibles. « Ici, les enjeux sont clairs : si on ne vend pas, la société ne survit pas. Cela donne du sens à ce que je fais », ajoute-t-il. Olivier se donne maintenant quelques années pour améliorer ses compétences dans ces différents domaines qui lui ouvriront certainement de nouveaux horizons A. G.
Petit mais costaud
Voilà une PME qui compte bien concurrencer les grands groupes sur le front du recrutement. L'entreprise PCM compte 400 salariés qui fabriquent et vendent des pompes industrielles. Elle embauche chaque année une petite dizaine d'ingénieurs dans le même vivier d'écoles que les grandes entreprises. Dans un contexte de pénurie des talents, cette grosse PME doit savoir se rendre attractive auprès des candidats. « On ne vend ni un package ni un parcours tout tracé , explique Frédéric Garde, directeur administratif et financier chargé des relations humaines. Ici, on investit dans le savoir-faire de la personne, on mise sur la formation, l'autonomie et les opportunités qu'offre notre activité, notamment à l'international. » En dix ans de présence chez PCM, un ingénieur ayant débuté comme stagiaire a pu devenir directeur de la région Asie-Pacifique à seulement 35 ans. Autre exemple, une jeune recrue entrée comme commercial a pu prendre la direction d'une région, puis créer une entité en Russie pendant trois ans avant de revenir comme directeur de marché en France. Un parcours effectué en une dizaine d'années. « Nos salaires ne sont pas toujours en corrélation avec ceux des grands groupes , reconnaît Frédéric Garde. Mais nos employés peuvent avoir des responsabilités qu'ils n'obtiendraient pas ailleurs. » Avec une moyenne d'âge inférieure à 40 ans, l'objectif in fine de PCM est de fidéliser ses jeunes recrues. La plupart des opportunités de promotion sont ainsi pourvues en interne A. G.
Questions à Pierre-Yves Poulain, délégué général de l'Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH)
Le Point : Comment expliquer l'attrait particulier des jeunes diplômés pour les grands groupes ?
Pierre-Yves Poulain : Il y a bien sûr les perspectives de carrière et le salaire, souvent plus séduisants. Mais, au-delà de ces paramètres bien connus, les jeunes diplômés de la nouvelle génération savent qu'ils ne feront plus le même métier dans la même entreprise toute leur vie. Ils sont conscients qu'il va leur falloir rebondir tous les quatre ou cinq ans dans un nouveau métier, voire une nouvelle boîte. D'où la tendance de beaucoup d'entre eux à multiplier les expériences « tampons », celles qui sont valorisantes sur le CV à travers le nom de l'entreprise et sa notoriété.
Cette stratégie est-elle efficace ?
Dans une certaine mesure, oui. Ce sont parfois des marchepieds vers un CDI. Certains groupes ont une politique d'accompagnement afin de fidéliser leurs jeunes recrues. Mais cette tendance commence à changer. Les jeunes diplômés sont de plus en plus attentifs à ce qu'ils vont apprendre lors d'un premier job et à la qualité de leur environnement de travail.
Comment les PME peuvent-elles se rendre attractives ?
L'employeur attire un peu moins qu'avant par sa marque, ou son nom, que par son offre à l'intention des candidats. De plus en plus de PME savent développer des arguments qui séduisent les jeunes, en termes d'autonomie et de responsabilités. Elles ont d'ailleurs plus recours qu'avant aux agences de communication RH.
Quels autres facteurs faut-il prendre en compte pour choisir entre PME et grands groupes ?
La réalité du marché du travail, bien sûr ! Les grandes entreprises sont assez peu implantées dans certaines régions. Certaines activités comme la biochimie ou la communication ne s'exercent quasiment que dans des petites entités. Mais, surtout, les relations au travail ne sont pas les mêmes selon la taille de la structure. Il faut qu'un candidat sache dans quel environnement il se sent à l'aise.
Le travail dans un grand groupe est-il plus déshumanisé ?
En quelque sorte. Une PME offre plus de proximité : vous savez pour qui vous travaillez, vous avez une reconnaissance directe de votre supérieur. Dans une grande entreprise, la satisfaction repose davantage sur la capacité à atteindre des objectifs et les perspectives de carrière. Ce sont deux logiques différentes. Mais rien ne sert de se forcer. Il faut surtout apprendre à se connaître. Travailler dans un environnement motivant est le meilleur antistress possible Propos recueillis par Aurore Gorius
Aurore Gorius
Mis en ligne le 28 juillet
lepoint.fr
