Les femmes s'imposent de plus en plus
6 Avril 2009
Lu par 1414 personne(s)
Elles sont présentes dans les postes de responsabilités de communication, RH, marketing et finances
Les femmes marocaines sont mieux loties que leurs consoeurs allemandes. Elles accèdent de plus en plus à de postes de responsabilités, surtout le middle management alors qu'en Allemagne, elles représentent à peine 3% du top management, ce qui reste minime.
Au Maroc, on parle de plus en plus de management féminin surtout dans les secteurs de la communication, des ressources humaines, du marketing et même des finances. De plus, on trouve de plus en plus de femmes managers dans les services. Pour connaître la perception des Marocains de ce type de management, une enquête a été réalisée par Invest RH en partenariat avec le mensuel Essor et Amal Job auprès d'un échantillon de 1.140 dont 67 % de femmes et 73 % sont des salariés. Selon les personnes interrogées, 75,3% déclarent l'existence des femmes aux postes de direction dans leur entreprise. Ceci dénote de l'évolution enregistrée sur le niveau d'occupation des dits postes et du nombre de plus en plus croissant de diplômées d'études supérieures sur le marché du travail. D'après l'enquête, la présence de la femme se confirme dans les sphères de décision déclarées par 68% de l'échantillon.
Quant au poste de direction générale, elle commence à se frayer un chemin. Selon les résultats publiés, 12% des entreprises approchées sont gérées par des femmes surtout dans le secteur privé national. Ceci s'explique surtout par la percée d'une nouvelle génération de femmes entrepreneures, tandis que dans les multinationales la discrimination existe encore, seulement 7% de ces groupes ont des femmes à la tête des postes de décision. « Quand elles sont salariées, le plafond de verre existe bel et bien limitant leur ascension à des postes de direction générale», précise l'étude.
Si l'effectif des femmes dans les sociétés approchées se situe en moyenne entre 25 à 50%, le pourcentage des femmes de l'encadrement varie seulement entre 10 à 25%, ce qui confirme les niveaux de postes occupés par les femmes à des niveaux intermédiaires et d'exécution. Une chose est sûre, les femmes sont perçues comme exigeantes, ce qui crée des fois des litiges en interne, surtout de la part d'une gent masculine qui ne veut pas admettre que la femme peut manager de manière efficace. L'enquête relève également que les femmes elles-mêmes peuvent avoir des comportements discriminants envers les collaborateurs hommes. Donc, un effort doit être fait à tous les niveaux pour une meilleure gestion. «L'organisation est sensée se baser sur le poste, ses besoins en compétences et non sur la personne qui l'occupe», précise Khadija Boughaba.
A la lumière des résultats de votre enquête, que diriez-vous de la position de la femme dans l'entreprise au Maroc ?
Le constat que nous pouvons tirer de l'enquête est qu'il existe actuellement au Maroc une dynamique voulant que la femme soit de plus en plus présente dans le circuit décisionnel. 74% des répondants affirment que des femmes occupent des postes de direction, et 68% déclarent que des femmes siègent dans les comités de direction. Pour autant, leur représentativité demeure faible. D'après les sondés, elles ne représenteraient que moins de 25 % des postes d'encadrement, alors qu'elles occupent un peu moins de l'effectif salarié. C'est pour cela que nous ne pouvons toujours pas dire qu'aujourd'hui, la femme participe activement à la prise de décision en entreprise, mais qu'elle joue un rôle de plus en plus important dans le middle management.
Comment sont perçues nos femmes managers et quels sont leurs points forts dans leur management ?
La perception n'est évidemment pas la même selon que le répondant soit un homme ou bien une femme. Pour les hommes, la femme est principalement guidée par ses émotions lors de sa prise de décision. Les femmes, elles, perçoivent les décisions de leurs managers féminines comme étant avant tout réfléchies. Mais tous s'accordent à dire que les décisions prises par les femmes leur semblent être honnêtes. Par ailleurs, elles sont également considérées comme étant organisées et responsables dans leur prise de fonction, mais à l'endroit où les hommes jugent que leurs supérieures féminines sont exigeantes, les femmes retiennent avant tout leur dynamisme. Lorsque l'on voit les métiers qui se féminisent le plus -ceux liés à la communication, au marketing et aux ressources humaines- nous pouvons déduire que le point fort des femmes dans leur management est qu'elles ont une plus grande propension à fédérer. Par ailleurs, elles sont également de plus en plus présentes dans les métiers liés à la finance, peut-être est-ce dû au fait qu'elles soient perçues comme méticuleuses et exigeantes ?
Quelles sont les contraintes auxquelles les femmes sont confrontées?
Ce qui est à l'origine de la discrimination que peuvent subir les femmes durant leur carrière est la perception de la femme véhiculée par la société, et qui ne lui confère pas un rôle de décision de facto. C'est-à-dire qu'elles ne sont pas prédestinées à diriger ni à décider dans le champ économique. C'est une contrainte « indirecte », car elle conditionne le comportement de la femme qui ne va pas spontanément se donner l'ambition d'accéder à des postes clés. Cela sera souvent perçu comme une preuve d'émancipation, mais aussi de sacrifice. La vie de famille et sa non-disponibilité ressortent évidemment comme les principaux freins à la carrière d'une femme, puisque sa légitimité est perçue dans la gestion du foyer et l'éducation des enfants. Découlant également de cette perception, l'inégalité dans le degré d'instruction est naturellement un facteur concourant à la sous-représentativité des femmes dans les sphères décisionnelles.
Comment venir à bout des réticences des collaborateurs hommes ?
Pour venir à bout de la discrimination que subissent les femmes au travail, il faut s'attaquer aux origines premières, et celles-ci ne proviennent pas forcément d'une volonté consciente de la gent masculine à rabaisser les femmes. L'enquête que nous avons réalisée montre également que les femmes elles-mêmes peuvent avoir des comportements discriminants envers leurs collègues. Face à quelqu'un de compétent et également confiant dans sa légitimité à exercer des fonctions de responsabilité, les attaques sont de moindre effet. Évidemment, dans un système qui ne leur est pas favorable, la volonté individuelle ne peut pas toujours suffire à une femme compétente pour qu'elle soit reconnue à sa juste valeur, c'est pour cela qu'il faut soutenir toutes les initiatives relatives à la démocratisation de l'éducation des femmes et à leur émancipation à un niveau sociétal. Par ailleurs, plus l'entreprise est structurée, moins il y a de conditions favorables à la différence hommes-femmes. En effet, dans ces cas-là, l'organisation est sensée se baser sur le poste, ses besoins en compétences et non sur la personne qui l'occupe.
Que leur conseillez-vous ?
D'être confiantes en leur légitimité, d'occuper des postes stratégiques si elles répondent à leurs critères de compétences. D'oser croire en leur potentiel et de l'exprimer sans s'auto censurer !
Nadia DREF
Publié le 05 Avril 2009
Mis en ligne le 6 Avril 2009
lematin.ma
Les femmes marocaines sont mieux loties que leurs consoeurs allemandes. Elles accèdent de plus en plus à de postes de responsabilités, surtout le middle management alors qu'en Allemagne, elles représentent à peine 3% du top management, ce qui reste minime.
Au Maroc, on parle de plus en plus de management féminin surtout dans les secteurs de la communication, des ressources humaines, du marketing et même des finances. De plus, on trouve de plus en plus de femmes managers dans les services. Pour connaître la perception des Marocains de ce type de management, une enquête a été réalisée par Invest RH en partenariat avec le mensuel Essor et Amal Job auprès d'un échantillon de 1.140 dont 67 % de femmes et 73 % sont des salariés. Selon les personnes interrogées, 75,3% déclarent l'existence des femmes aux postes de direction dans leur entreprise. Ceci dénote de l'évolution enregistrée sur le niveau d'occupation des dits postes et du nombre de plus en plus croissant de diplômées d'études supérieures sur le marché du travail. D'après l'enquête, la présence de la femme se confirme dans les sphères de décision déclarées par 68% de l'échantillon.
Quant au poste de direction générale, elle commence à se frayer un chemin. Selon les résultats publiés, 12% des entreprises approchées sont gérées par des femmes surtout dans le secteur privé national. Ceci s'explique surtout par la percée d'une nouvelle génération de femmes entrepreneures, tandis que dans les multinationales la discrimination existe encore, seulement 7% de ces groupes ont des femmes à la tête des postes de décision. « Quand elles sont salariées, le plafond de verre existe bel et bien limitant leur ascension à des postes de direction générale», précise l'étude.
Si l'effectif des femmes dans les sociétés approchées se situe en moyenne entre 25 à 50%, le pourcentage des femmes de l'encadrement varie seulement entre 10 à 25%, ce qui confirme les niveaux de postes occupés par les femmes à des niveaux intermédiaires et d'exécution. Une chose est sûre, les femmes sont perçues comme exigeantes, ce qui crée des fois des litiges en interne, surtout de la part d'une gent masculine qui ne veut pas admettre que la femme peut manager de manière efficace. L'enquête relève également que les femmes elles-mêmes peuvent avoir des comportements discriminants envers les collaborateurs hommes. Donc, un effort doit être fait à tous les niveaux pour une meilleure gestion. «L'organisation est sensée se baser sur le poste, ses besoins en compétences et non sur la personne qui l'occupe», précise Khadija Boughaba.
A la lumière des résultats de votre enquête, que diriez-vous de la position de la femme dans l'entreprise au Maroc ?
Le constat que nous pouvons tirer de l'enquête est qu'il existe actuellement au Maroc une dynamique voulant que la femme soit de plus en plus présente dans le circuit décisionnel. 74% des répondants affirment que des femmes occupent des postes de direction, et 68% déclarent que des femmes siègent dans les comités de direction. Pour autant, leur représentativité demeure faible. D'après les sondés, elles ne représenteraient que moins de 25 % des postes d'encadrement, alors qu'elles occupent un peu moins de l'effectif salarié. C'est pour cela que nous ne pouvons toujours pas dire qu'aujourd'hui, la femme participe activement à la prise de décision en entreprise, mais qu'elle joue un rôle de plus en plus important dans le middle management.
Comment sont perçues nos femmes managers et quels sont leurs points forts dans leur management ?
La perception n'est évidemment pas la même selon que le répondant soit un homme ou bien une femme. Pour les hommes, la femme est principalement guidée par ses émotions lors de sa prise de décision. Les femmes, elles, perçoivent les décisions de leurs managers féminines comme étant avant tout réfléchies. Mais tous s'accordent à dire que les décisions prises par les femmes leur semblent être honnêtes. Par ailleurs, elles sont également considérées comme étant organisées et responsables dans leur prise de fonction, mais à l'endroit où les hommes jugent que leurs supérieures féminines sont exigeantes, les femmes retiennent avant tout leur dynamisme. Lorsque l'on voit les métiers qui se féminisent le plus -ceux liés à la communication, au marketing et aux ressources humaines- nous pouvons déduire que le point fort des femmes dans leur management est qu'elles ont une plus grande propension à fédérer. Par ailleurs, elles sont également de plus en plus présentes dans les métiers liés à la finance, peut-être est-ce dû au fait qu'elles soient perçues comme méticuleuses et exigeantes ?
Quelles sont les contraintes auxquelles les femmes sont confrontées?
Ce qui est à l'origine de la discrimination que peuvent subir les femmes durant leur carrière est la perception de la femme véhiculée par la société, et qui ne lui confère pas un rôle de décision de facto. C'est-à-dire qu'elles ne sont pas prédestinées à diriger ni à décider dans le champ économique. C'est une contrainte « indirecte », car elle conditionne le comportement de la femme qui ne va pas spontanément se donner l'ambition d'accéder à des postes clés. Cela sera souvent perçu comme une preuve d'émancipation, mais aussi de sacrifice. La vie de famille et sa non-disponibilité ressortent évidemment comme les principaux freins à la carrière d'une femme, puisque sa légitimité est perçue dans la gestion du foyer et l'éducation des enfants. Découlant également de cette perception, l'inégalité dans le degré d'instruction est naturellement un facteur concourant à la sous-représentativité des femmes dans les sphères décisionnelles.
Comment venir à bout des réticences des collaborateurs hommes ?
Pour venir à bout de la discrimination que subissent les femmes au travail, il faut s'attaquer aux origines premières, et celles-ci ne proviennent pas forcément d'une volonté consciente de la gent masculine à rabaisser les femmes. L'enquête que nous avons réalisée montre également que les femmes elles-mêmes peuvent avoir des comportements discriminants envers leurs collègues. Face à quelqu'un de compétent et également confiant dans sa légitimité à exercer des fonctions de responsabilité, les attaques sont de moindre effet. Évidemment, dans un système qui ne leur est pas favorable, la volonté individuelle ne peut pas toujours suffire à une femme compétente pour qu'elle soit reconnue à sa juste valeur, c'est pour cela qu'il faut soutenir toutes les initiatives relatives à la démocratisation de l'éducation des femmes et à leur émancipation à un niveau sociétal. Par ailleurs, plus l'entreprise est structurée, moins il y a de conditions favorables à la différence hommes-femmes. En effet, dans ces cas-là, l'organisation est sensée se baser sur le poste, ses besoins en compétences et non sur la personne qui l'occupe.
Que leur conseillez-vous ?
D'être confiantes en leur légitimité, d'occuper des postes stratégiques si elles répondent à leurs critères de compétences. D'oser croire en leur potentiel et de l'exprimer sans s'auto censurer !
Nadia DREF
Publié le 05 Avril 2009
Mis en ligne le 6 Avril 2009
lematin.ma
