«Le Maroc, meilleure destination de l’offshoring 2012: c’est le Royaume qui gagne».
25 Juillet 2012
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Un Trophée qui récompense le Maroc qui gagne et qui, malgré les défis et les orages, est déterminé à ouvrir d’autres marchés pour faire du pays une plateforme des grands donneurs d’ordre francophones, hispanophones et anglophones.
1. Le Matin : Le Maroc vient d’être élu meilleure destination de l’offshoring pour l’année 2012, par l’Association européenne de l’offshoring (EOA). Que représente pour vous ce prix ?
Abderafih Hanouf : MedZ Sourcing a pu décrocher ce trophée pour le Maroc. Nous en sommes très fiers. Le trophée de l’EOA récompense les meilleures performances des pays d’accueil de l’offshoring en provenance d’Europe. Ce trophée reconnaît les atouts majeurs du pays en termes de maturité du secteur, d’avantages directs aux entreprises, de qualité des infrastructures et des services, de qualité des entreprises installées, ainsi que de la réputation du pays sur la scène mondiale de l’offshoring. L’offshoring, il faut le rappeler, était inscrit au premier rang de la stratégie du Plan Émergence, une politique volontariste qui cible les métiers où le Maroc peut se positionner au niveau international qui a été suivie avec attention par Sa Majesté le Roi depuis le début de la dernière décennie. Le Royaume a ainsi surclassé cinq destinations short listées pour ce prestigieux prix, à savoir l’Afrique du Sud, la Roumanie, la Serbie, la Slovaquie et l’Égypte. Ce prix va rassurer nos clients installés et les conforter. Il va également nous permettre d’améliorer nos classements, d’augmenter notre visibilité et d’inciter ceux qui n’ont pas encore fait le choix du Maroc à le prendre en considération.
Cette distinction est une bonne performance. Elle arrive cependant à un moment où les incertitudes sur l’économie mondiale se multiplient !
C’est vrai que la crise financière internationale bat son plein et que la conjoncture sera, de l’avis de tous les analystes, difficile en 2012. La croissance économique dans le principal pays émetteur que sont les États-Unis ne dépassera pas 2%. La zone euro continuera à subir l’impact de la crise des dettes et connaîtra une décroissance. La France, notre principal pays partenaire, connaîtra quant à elle à peine 0,2% de croissance dans le meilleur des cas. Mais le conjoncturel ne doit pas nous inquiéter outre mesure. Les fondamentaux du secteur de l’Offshoring sont bons et le demeureront. En effet, le véritable moteur de cette industrie est l’externalisation, un phénomène né il y a une vingtaine d’années aux États-Unis et en Angleterre et qui ne cesse de se confirmer.
2. Quelles sont les raisons qui peuvent motiver un certain optimisme ?
Trois raisons fondamentales et surtout d’ordre structurel sont derrière cette tendance d’une montée en puissance de l’industrie de l’externalisation : il y a tout d’abord l’optimisation continue de la gestion des processus pour une meilleure performance par les organisations, le recentrage sur le cœur de métier par les entreprises et enfin l’émergence de nouveaux concepts comme les services partagés, le cloud computing et la virtualisation. Ces éléments ont favorisé l’externalisation. L’explosion des nouvelles technologies de l’information et des télécoms l’a amplement facilitée. Le conjoncturel est également source d’opportunités : la crise financière va induire une course à la réduction des coûts, ce qui favorisera in fine l’externalisation. Le marché mondial va donc croître. C’est ainsi que le marché européen qui pèse aujourd’hui 30 milliards d’euros devra être multiplié par 10 d’ici 2020. Les marchés les plus matures comme l’Angleterre verront leur potentiel multiplié par 5. Les marchés en retard, comme la France et les pays nordiques, verront leur potentiel multiplié par 10 à 20 fois. Il y a aussi les métiers de la banque, de la finance et des assurances qui représenteront près de 180 milliards d’euros, soit 15 fois le marché actuel. Quant aux télécoms et aux services informatiques, leur potentiel sur 10 ans est estimé à 30 milliards d’euros environ, soit six fois le marché actuel. Nous avons donc de belles parts de marché à prendre !
3. Vous venez d’inaugurer Fès Shore et l’on évoque d’autres destinations. Est-ce un début de régionalisation de l’offre offshoring ?
Cela fait partie de notre stratégie globale de développement du secteur. Par ailleurs, nous ne pouvons que nous inscrire dans la régionalisation voulue par la nouvelle Constitution. Ensuite, nos clients ont besoin de nouveaux bassins d’emploi pour leur croissance organique. Les avantages comparatifs de certaines régions sont également des atouts.Fès Shore est effectivement la première étape. C’est aujourd’hui une réalité, le nouveau maillon d’un réseau de parcs dédiés à l’offshoring que le Groupe CDG, accompagnateur privilégié des politiques publiques, met en œuvre depuis 5 ans, avec un engagement qui ne se dément pas. Fès Shore est un maillon essentiel, que nous voulons aux standards internationaux, rivalisant avec des destinations mondiales et offrant à la ville de Fès et à sa région de belles opportunités d’emplois (12 000 à terme) et une attractivité à même de séduire de grandes entreprises internationales qui viendront sûrement s’y installer ! Fès aura certainement sa place sur la carte mondiale de l’Outsourcing.
4. Revenons à l’international. Selon vous, la destination Maroc est devenue mature et son leadership régional est incontestable. Quelle serait la prochaine étape ?
C’est difficile d’arriver au premier rang, mais c’est plus dur d’y rester ! MedZ Sourcing est déterminée à consolider cette position acquise et à la défendre. Notre stratégie de promotion et de commercialisation qui se déploie aujourd’hui essentiellement sur l’espace français doit s’étendre. Le marché français ne représente que 4% du marché mondial ! Nous comptons étendre prochainement nos champs d’action aux pays francophones limitrophes. Ensuite aux pays de l’Europe de l’Est, nos principaux concurrents ! Et enfin à l’espace anglophone plus large, dans une démarche visant à faire du Maroc une véritable destination mondiale. Le prix obtenu nous ouvre les portes du marché anglophone, un marché qui pèse plus de 70 milliards de dollars. Ensemble, avec les pouvoirs publics, les associations professionnelles et nos clients, nous devons être capables de nous donner les moyens de réaliser cette vision. Nous ferons du secteur de l’offshoring un véritable secteur porteur, créateur d’emplois pour notre jeunesse et créateur de richesses pour notre pays.
5. Vaste programme ! Mais êtes-vous conscients des défis à surmonter ?
Nous le sommes bien sûr ! Les défis à surmonter sont loin d’être négligeables. Dans le cours terme, nous devons faire face aux risques de conjoncture sur 2012 et nous préparer à la reprise en 2013. Nous devons veiller à éviter à tout prix une perte de compétitivité du Maroc, en travaillant tous, à la disponibilité de ressources humaines qualifiées et en nombre suffisant, à limiter les risques sociaux qui ont fait le malheur de tant de destinations, et à faire évoluer notre cadre incitatif. Nous devons également faire face aux intentions protectionnistes de certains pays partenaires qui parlent de relocalisation, qui veulent agir en dehors de tout esprit d’ouverture économique, qui veulent aller à contre-courant et qui semblent ignorer les impératifs économiques de la colocalisation.
6. Une question est actuellement débattue en France, au Parlement, au Sénat… au ministère du Redressement économique. Que pensez-vous de toute cette polémique autour du rapatriement des centres d’appels ?
Si des mesures de ce genre pouvaient avoir un sens politique, elles n’ont aucun sens économique. Les entreprises françaises viennent au Maroc parce qu’elles ont besoin d’être rentables et qu’elles ont un problème de compétitivité en France. L’offshoring leur permet non seulement de sauvegarder les emplois en France, mais d’en créer également ! C’est le sens même du mot : colocalisation ! Je rajouterais que la mondialisation et l’ouverture des marchés ne peut être conçue de manière inéquitable et déséquilibrée ! La France et le Maroc sont des partenaires stratégiques, et lors de la réunion des membres du MEDEF avec le chef du gouvernement a Rabat au mois de mars dernier, Jean-René Fourtou a déclaré que «les entreprises, aussi bien marocaines que françaises, ont cette responsabilité de préserver et de développer davantage cette coopération et de fructifier ce partenariat». Il reste que le Maroc travaille aussi à diversifier le marché en s’attaquant à des marchés hispanophones et anglophones.
7. Il reste qu’il y a l’impérieuse nécessité d’élargir nos destinations et de travailler plus avec le monde anglo-saxon. Avons-nous les ressources nécessaires pour accompagner ce secteur ?
La disponibilité d’un pool de ressources humaines qualifiées et en quantité suffisante est fondamentale pour le développement du secteur. Les parties prenantes doivent conjuguer leurs efforts pour accompagner les forts besoins de recrutement des entreprises du secteur et faire en sorte que le manque de ressources ne vienne pas freiner une dynamique de croissance soutenue depuis 5 ans. L’État doit développer une vraie stratégie de formation. Le rôle de l’Anapec doit être renforcé pour mieux accompagner les entreprises dans la formation continue, développer les formations qualifiantes ou de reconversion et soutenir des programmes comme la Call Academy. Des cursus de formation ont été arrêtés entre les professionnels et organismes de formation dans les domaines de l’ITO et du BPO. Ils doivent être mis en œuvre. Une plus grande attention doit être accordée aux langues pour pouvoir accéder aux marchés globaux de l’outsourcing.
Farida Moha.
Lematin.ma
Publié le 24 juillet 2012.
Mis en ligne le 25 juillet 2012.
