Halte au harcèlement moral

Question : "L'ambiance au travail est lourde et stressante. La collègue perturbatrice est non seulement méprisante mais aussi dictatoriale. En ce moment, les départs et les arrêts maladie sont quotidiens. Que faire ?" Ariane

Sylvie Sanchez-Forsans : "Vous faites bien de prendre les choses en mains. Votre collègue n'est pas votre supérieur hiérarchique et celle-ci en entreprise à des droits et des devoirs, tout comme vous. De quelle nature est votre souffrance avec cette collègue ? Vous évoquez des départs et des arrêts maladies quotidiens. Il est surprenant que votre hiérarchie n'ait pas eu écho de l'origine de ces départs et arrêts maladies quotidiens. Si vous Ariane vous vivez aussi cette collègue comme "perturbatrice" (en quoi ?) et "méprisante" (sur quoi ?) et "dictatoriale" (comment ?), je vous invite à bien répondre à ces questions et à avoir des faits précis pour étayer vos appréciations. Ensuite, vous pourrez faire constater cet état de fait auprès de votre supérieur hiérarchique lors d'un entretien individuel. En aucun cas, je vous conseille l'arrêt maladie pour éviter ce stress professionnel ou encore le départ, surtout si vous envisagiez de démissionner.

Question : "J'ai travaillé 17 ans dans un laboratoire où il y a toujours au moins une tête de turc en permanence. La direction choisit parmi le personnel des personnes fragilisées et cela va jusqu'à la démission ou pour la plupart des longs arrêts de maladie suivis d'invalidité. Actuellement, au moins trois personnes y ont laissé leur santé. Le labo compte environ trente-cinq personnes encadrées de cinq médecins ou pharmaciens. Beaucoup ont tenté le dialogue et deviennent alors de nouvelles cibles. Ayant été la première victime, je vis mal que ce système persiste en même temps que mes problèmes de santé. Merci pour votre aide." Yolande Auvray

Sylvie Sanchez-Forsans : "Votre état de santé est plus important que tout. Votre médecin du travail est à votre écoute et vous devez l'informer de votre souffrance et des problèmes de santé que vous avez dans l'exercice de votre métier. C'est lui qui pourra vous déclarer « apte » ou « inapte » à votre travail. De plus, l'inspection du travail est aussi à l'écoute et peut intervenir sur des faits et non des rumeurs : avec vos collègues, il est peut-être opportun aussi d'engager un dialogue sur la valeur d'une action collective".

Question : "Que faire lorsqu'on est victime de harcèlement moral et qu'il semble impossible de le prouver ? On se sent isolée, déprimée, dévalorisée et on n'arrive plus à aller travailler alors qu'on aime et veut garder son emploi ?"

Sylvie Sanchez-Forsans : "Il existe dans certaines organisations des "actes pervers" et quotidiens qui donnent l'impression d'être "la norme" comme l'a brillamment mis en exergue Marie-France Hirigoyen dans ses ouvrages (Le harcèlement moral, 1998 et Malaise dans le travail, 2001 aux éditions la découverte et Syros) alors qu'ils s'avèrent avoir des conséquences graves sur la santé psychologique des victimes. Face au harcèlement moral, il existe des mesures simples avec des géométries variables de niveaux d'interventions : tenir un carnet de bord des actes, solliciter un entretien avec la DRH, la hiérarchie, faire appel à l'Inspection du travail pour la mise en application de l'article L230-2 du code du travail qui vise la nécessité pour l'employeur d'assurer la sécurité et de protéger les salariés, solliciter une médiation syndicale, etc. De plus, au plan de votre état de santé, il est très important de l'évoquer aussi, au-delà de votre médecin traitant, à la médecine du travail. Aussi, je vous propose donc de vous rapprocher très rapidement d'une association contre le harcèlement moral qui vous transmettra dans ce domaine des témoignages et des conseils pour intervenir dans des conditions les plus favorables."

Mis en ligne le 27 juin 2008

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