Benamour : «Je crois en cet accord»
22 Mai 2007
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1.ALM : Maintenant que l’accord-cadre a été signé, quelle sera l’étape suivante ?
Abdelali Benamour : L’accord-cadre prévoit un certain nombre de mesures destinées à encourager l’investissement dans le secteur de l’enseignement privé, dans la mesure où l’objectif à atteindre concerne 20% de l’effectif à l’horizon 2015. L’accord-cadre prévoit également des mesures à même de favoriser la demande adressée à ce secteur, notamment la mise en place d’un système de crédit d’études.
Afin d’atteindre ces 20%, ont été prévues des mesures pour stimuler l’offre et d’autre pour encourager la demande. Mais les mesures en question, aussi intéressantes soient-elles, sont loin de permettre d’atteindre cet objectif, à en juger par l’exemple suivant : en 2015 on aurait à peu près 6 à 7 millions d’élèves dans l’enseignement général. Les 20% de ce chiffre correspondraient à 1,2 à 1,3 million alors qu’actuellement nous en sommes à 500.000.
L’objectif est important, difficile à atteindre, mais jouable. Pour cela, il a été créé une commission constituée auprès du Premier ministre et d’autres commissions thématiques auprès des ministères concernés, les finances, l’enseignement... Il est prévu que ces commissions travaillent sur la mise en œuvre de l’accord. Elles vont également réfléchir sur les moyens à mettre en œuvre pour atteindre ces 20%.
2. Et pourquoi cela n’a pas été fait avant de signer l’accord ?
Certains parmi nous en ont fait même une condition. Nous, tous, le souhaitions, mais dans un esprit de conciliation et de confiance entre les parties et dans la mesure où la partie administrative ne pouvait pas prévoir ces mesures, nous nous sommes mis d’accord pour en discuter au sein des commissions.
3. Est-ce que le fait de s’engager sur l’effectif ne laissera pas de côté la qualité de l’enseignement privé ?
Tout ce que je peux vous dire c’est que cet engagement est déterminant pour l’avenir du secteur (public et privé). L’Etat consacre 26 à 28% de son budget à l’enseignement et avec la généralisation de l’accès à l’école, ce chiffre risque de passer à 34%. Ce qui est insurmontable pour le budget de l’Etat. Concernant la qualité, le problème se pose aussi bien pour le public qu’au niveau du futur du privé si l’on veut augmenter l’effectif. Actuellement, dans le secteur privé, la qualité est globalement positive.
Et si l’on va dans cette orientation, on soulagera les finances de l’Etat et l’enseignement public n’en sera qu’amélioré. Car il aura plus de moyens pour moins d’effectifs. Quant au secteur privé, il ne pourra survivre que par sa qualité. La qualité y sera donc même si les 20% ne sont pas atteints. Je ne me fais pas de soucis surtout si l’on accompagne cette évolution. Maintenant, le fait de viser les 20% n’est pas une fin en soi, le public lui-même doit évoluer. La réforme de l’enseignement devrait prendre un chemin plus concret, plus percutant et plus courageux.
4. Quel diagnostic faites-vous aujourd’hui de l’enseignement privé ?
Actuellement, si beaucoup de gens s’adressent à l’enseignement privé, c’est qu’il est déjà mieux que le public. Il y a quelque chose qui s’y fait en plus. Mais de là à dire que nous sommes dans l’idéale c’est beaucoup. Les gens qui vont au privé sont ceux qui ont un peu plus de moyens, donc sont déjà à un niveau socioculturel plus avancé donc plus à même de réussir. Aussi, le secteur privé ne doit-il pas se limiter à être comme un plus pour le public, il doit apporter deux fois voire trois fois plus que le public. Globalement, il y a une dynamique qui se dessine depuis déjà une dizaine d’années en faveur de l’encouragement de l’investissement dans l’enseignement général, professionnel et supérieur privé.
5. En combien de temps les mesures prévues pour le contrat-programme commenceront à prendre forme ?
Nous voudrions que ce soit déjà fait. Nous sommes prêts pour la mise en œuvre de ces mesures. Le secteur a été constitué en collectif depuis septembre 2003 et l’objectif des 20% avait été fixé pour 2010. Aujourd’hui, nous sommes prêt à discuter avec les autorités concernées. La volonté y est et nous souhaitons ne pas être déçus.
Nous ne demandons pas de rentes. Aucun sou donné par les pouvoirs publics au secteur ne devrait être inscrit comme perte, bien plus il rapportera deux voire trois fois plus à l’Etat.
6. Quelles sont les mesures à mettre en exécution en priorité ?
Il faut d’abord réfléchir sur les conditions de ce contrat. Pour cela, il faut dépasser une certaine mentalité qui affecte le secteur. En effet, lorsque l’on dit partenariat, il ne faut pas que cela reste au niveau du discours. Il faut que nos responsables au niveau financier (banques et ministère des Finances), ne raisonnent plus en termes de dépenses immédiates, mais en termes de dépenses économiques à échéance de 5 à 6 ans, et là ils vont y gagner plus.
Des mesures, nous en avons proposé énormément. Il s’agit notamment de stimuler la demande, aider les catégories sociales, qui sur le plan des revenus peuvent transiter du public vers le privé, avec une petite aide. Déduire par exemple les frais de scolarité de leurs enfants de leurs impôts, ou mettre en place un système de crédit d’études. Il faut encourager l’offre ou l’investissement. La charte de la COSEF prévoyait déjà en ce sens que « ce qui est investi est défiscalisé ». Je crois que le gouvernement est dans de bonnes dispositions pour discuter.
Publié Le 15-5-2007
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