Adapter les activités aux attentes

La refonte des textes régissant les Chambres d'agriculture

Après les Chambres de commerce, d'industrie et de services, les Chambres d'agriculture vont engager une réforme en profondeur : de leur mode de fonctionnement, à travers les textes les régissant ; de l'organisation de leurs moyens, pour gagner en performance au profit de leurs actions sur le terrain ; du pilotage de leurs réseaux, pour valoriser leurs compétences.
L'enjeu est d'adapter leurs activités aux attentes des agriculteurs et de l'ensemble de leurs interlocuteurs.

Le monde bouge, l'environnement change. Les Chambres d'agriculture doivent répondre présent en cette période de négociations avec l'Union européenne sur le volet agricole. Car, il est inconcevable de travailler en rang dispersé. Aussi, 2006 devrait concrétiser la réforme.
Outre le fait de pouvoir postuler à un siège dans la Chambre des conseillers, les Chambres d'agriculture ont un rôle majeur à jouer. Ne serait-ce que défendre les intérêts des agriculteurs.

Mais à l'heure actuelle, les membres de ces organismes semblent tout à fait absents de tout centre de décisions tant sur le plan national qu'international. Et dire que le Maroc a une vocation agricole. Il faut reconnaître tout de même que le monde agricole sort d'une longue période à base de politique publique interventionniste et qu'il se trouve directement exposé aujourd'hui à tous les risques du libéralisme économique.
En tout état de cause, dès leur création en octobre 1962, l'organisation juridique et financière des Chambres d'agriculture présageait déjà des difficultés de fonctionnement.

L'implication et le contrôle des autorités laissaient très peu d'espace de manœuvre à la direction de ces entités dont les attributions étaient et demeurent plutôt représentatives et consultatives, que de nature à favoriser des actions efficaces et autonomes.

Quant à leurs missions, lorsqu'elles ne sont peu ou mal remplies, elles manquent souvent d'unité et de cohérence. Lesdites missions sont parfois réalisées par d'autres intervenants tant privés que publics et cela sans que le partage des compétences et la répartition des responsabilités soient clarifiés.
Aussi, l'élaboration d'une stratégie est d'autant plus que nécessaire. Surtout que certaines organisations professionnelles en le domaine évoluent et s'organisent de manière à répondre à la nouvelle donne de la globalisation.
Mais là où le bât blesse dans le bon fonctionnement de ces Chambres d'agriculture relève tout simplement de l'absence d'autonomie administrative et financière.

Etablissements publics, financés par des deniers publics, ces organismes sont sous tutelle administrative, technique et financière de l'Etat. Cette tutelle s'exerce d'ailleurs à la fois sur les organes et les actes des Chambres.
Concernant le budget, évidemment dérisoire, il permet à peine de couvrir les dépenses de fonctionnement.

Pour l'anecdote, certaines Chambres ne disposent même pas d'un fax ou ne disposent pas de bureaux adéquats.
Toutefois, l'on constate qu'un effort a été déployé dans ce sens en l'an 2000.
Il y a eu un projet décret qui prévoyait une taxe parafiscale sur les produits agricoles devant financer à hauteur de 70% les associations et 30% les Chambres d'agriculture.

Il semble être oublié aujourd'hui et dans l'attente que la situation évolue, les Chambres se limitent au Fonds du développement agricole.
Quant au personnel, ceci est une autre paire de manches. Ces organismes disposent au total de 260 agents dont environ 80% sont soumis au statut personnel des chambres, le reste étant mis à disposition par le ministère de l'Agriculture.

Toutefois, il ressort d'une analyse émanant du ministère de tutelle que le niveau du personnel suscite une mise à niveau urgente de ces organismes. Si le niveau de près de la moitié du personnel ne dépasse guère le niveau du collège, 11% a une licence ou l'équivalent tandis que 13% des employés n'ont aucun niveau d'études.

Il est clair que la faible qualification et le manque de profils spécialisés pénalisent considérablement les Chambres dans l'exercice de leurs «attributions». Enfin, la représentativité de la profession est tout à fait insuffisante.

Le Dahir de la création des Chambres prévoit que seul le citoyen marocain ayant un lien direct avec la terre y soit éligible.

Une petite modification dans ce sens pourrait mieux servir le monde agricole.
De ce fait, des organismes et personnes ayant des activités étroitement liées à l'agriculture devraient être éligibles aux Chambres (coopératives, associations, producteurs hors sol…) Ainsi, les Chambres d'agriculture seraient représentatives de toute la diversité du monde agricole et pourraient jouer le rôle qui leur sied.

Le Matin

Le 03 Mars 2006